Il devient difficile dignorer la genèse du cinéma. Ses traces, longtemps réservées à quelques spécialistes, sont depuis peu accessibles au regard de tous : les caractéristiques du support DVD et la nécessité dinciter les cinéphiles à acheter des films quils possédaient déjà ont abouti à la pratique des « bonus », qui sont souvent constitués de documents ayant trait à la genèse de luvre, bouts dessai, rushes, esquisses, storyboard ou making-of. Si ces suppléments génétiques, accompagnement presque obligé de luvre cinématographique dans ce qui tend à devenir son mode dexistence le plus répandu, procèdent dune logique commerciale, cette offre vient répondre à une demande sociale qui dépasse largement le champ du cinéma : un intérêt pour les processus de la création qui sexprime à travers la curiosité de plus en plus répandue pour les coulisses de luvre dart. Ces bonus sont loin de constituer un dossier génétique tel que les chercheurs généticiens pourraient le souhaiter, mais ils offrent souvent des documents passionnants et attirent lattention sur la complexité du processus de création cinématographique. Si la critique cinématographique a mis en avant la notion de film dauteur, létude génétique fait apparaître la diversité des contributions et larticulation souvent problématique dune multitude dintervenants, metteur en scène et ses assistants (voire équipes multiples de tournage), comédiens, techniciens de plateau, agents de production, participants parfois nombreux au travail décriture. Le mythe du créateur solitaire, dont restent encore parfois prisonniers les généticiens, ne peut pas être soutenu dans ce contexte. Les instances multiples à luvre dans toute genèse se laissent observer à découvert. Ce numéro de Genesis aborde la question à travers deux univers où la création, objet dun impitoyable formatage commercial ou idéologique, échappe aux individus : les studios hollywoodiens et le cinéma soviétique de lentre-deux-guerres. Puis, à travers des exemples empruntés à des cinéastes célèbres (Vertov, Renoir, Lang, Eisenstein, Prévert, Truffaut), plusieurs aspects spécifiques de la genèse cinématographique sont étudiés : bande-son, casting, dessins préparatoires, écriture du scénario. Des entretiens avec des cinéastes contemporains originaux abordent la question du point de vue des metteurs en scène. Un dossier de documents inédits touchant à tous les aspects de la genèse du film La Reine Margot. Enfin des comptes rendus présentent des DVD récents comportant des documents génétiques de qualité.
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